Les Secrets de l’Atelier #5 – Le premier geste
Pourquoi je commence mes tableaux à la terre d’ombre brûlée
Après avoir préparé la toile, je choisi ma photographie de référence et observe longuement l'animal, vient enfin le moment où le pinceau rencontre la toile.
C'est un moment important.
La toile blanche commence à disparaître et le tableau commence réellement à prendre forme.
Pour cette première mise en peinture, je ne cherche pourtant ni la couleur définitive, ni les détails du pelage.
Je commence par les valeurs, avec une couleur qui m'accompagne souvent dans cette étape : la terre d'ombre brûlée.

Une première couleur pour construire le tableau
Pourquoi commencer par un brun alors que le tableau final sera composé de nombreuses couleurs ?
Parce que cette première couche me permet de construire l'essentiel avant de penser aux détails.
Je cherche d'abord les grandes masses.
Les zones claires.
Les zones sombres.
Les transitions.
Les volumes.
À ce stade, le tableau est encore très éloigné de son apparence finale.
Et c'est justement ce qui m'intéresse.
Je peux me concentrer uniquement sur la structure de l'animal et sur la manière dont la lumière va le révéler.
Passer de l'esquisse aux volumes
L'esquisse au fusain et au crayon m'a permis de placer les grandes lignes et de vérifier les proportions.
Avec la première mise en valeurs, je vais plus loin.
Le dessin commence progressivement à devenir peinture.
Le regard apparaît.
Le volume du crâne se construit.
Les ombres donnent de la profondeur.
Certaines parties commencent à ressortir tandis que d'autres restent volontairement dans la pénombre.
À ce moment-là, je ne cherche surtout pas à tout terminer.
Je construis.

Ne pas peindre chaque détail trop tôt
C'est une chose que j'ai appris à privilégier au fil de ma pratique.
Il est tentant de vouloir immédiatement travailler les yeux, le nez ou chaque poil du pelage.
Mais si les grandes valeurs ne sont pas justes, les détails ne pourront jamais sauver le tableau.
Je préfère donc avancer progressivement.
D'abord les masses.
Puis les volumes.
Ensuite la lumière.
Et seulement après, les détails qui donneront toute sa richesse à la matière.
Cette façon de travailler me permet également de conserver une certaine liberté dans la peinture.
La lumière se construit dès le début
Même si le tableau est encore monochrome, la lumière est déjà là.
Elle commence à déterminer la présence de l'animal.
Elle attire le regard vers certaines zones et en laisse d'autres dans l'ombre.
C'est particulièrement important dans mes peintures animalières.
Je ne cherche pas simplement à représenter un animal.
Je cherche à faire apparaître sa présence.
Et cette présence commence souvent par un jeu de lumière et d'ombre.
Une étape volontairement imparfaite
J'aime aussi cette période où le tableau est encore en construction.
Il peut sembler étrange.
Certaines parties sont très sombres.
D'autres sont à peine esquissées.
Le pelage n'existe pas encore vraiment.
Le regard n'est pas totalement installé.
Pourtant, je sais déjà que quelque chose commence à apparaître.
C'est un peu comme regarder une photographie se révéler progressivement.
Il faut accepter de ne pas tout voir immédiatement.
Du brun vers la couleur
Cette première couche à la terre d'ombre brûlée va ensuite servir de base aux étapes suivantes.
Les couleurs viendront progressivement se poser dessus.
Les glacis permettront d'enrichir certaines zones.
La lumière sera renforcée.
Les ombres seront approfondies.
Le pelage prendra peu à peu sa matière.
Et surtout, le tableau commencera à trouver son atmosphère.
Mais tout cela repose sur ce premier travail de construction.
C'est pourquoi cette étape, pourtant très simple en apparence, est fondamentale.

Construire avant de détailler
Au fil des années, j'ai compris que peindre ne consiste pas à ajouter toujours plus de détails.
Il faut d'abord construire.
Construire les proportions.
Construire les volumes.
Construire la lumière.
Construire l'atmosphère.
Les détails viendront ensuite, lorsque le tableau sera suffisamment solide pour les accueillir.
C'est cette approche qui me permet de chercher un équilibre entre réalisme et liberté picturale.
Je ne veux pas reproduire chaque poil.
Je veux que le spectateur ressente le volume, la matière et surtout la présence de l'animal.
Conclusion
Le premier coup de pinceau paraît parfois insignifiant.
Pourtant, il contient déjà une grande partie du tableau à venir.
Avec quelques valeurs de terre d'ombre brûlée, la toile blanche commence à disparaître.
L'animal commence à émerger.
La lumière commence à s'installer.
Et peu à peu, ce qui n'était encore qu'une esquisse devient une peinture.
La suite consistera à donner davantage de profondeur, de couleur et de matière à cette première construction.
Mais avant de chercher le détail, il faut savoir construire l'essentiel.
Le regard de l'atelier
« Je ne cherche pas à tout montrer dès le début. Je préfère construire lentement le tableau, en laissant la lumière et les volumes faire apparaître progressivement la présence de l'animal. »

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